Après deux moutures hors du commun
Terra Incognita et
The Link, incontestables mastodontes de caractères, qu’est ce que le groupe peut nous réserver encore ? Soyons honnête… Est ce réellement possible de créer la surprise pareillement cette fois ci? La barre est haute, très haute… Qu’en est-il alors de ce tant attendu
From Mars to Sirius ?
Déjà,
un artwork sublime, loin des archétypes de métal brutal, mais à vrai dire, nous étions habitué … De l’homme nu recroquevillé sur lui même, méditant, et plongé dans l’ébène dans
Terra Incognita, nous étions passés à un arbre de vie, bordé d’écarlate vif sur
The Link et là, c’est le tour à l’infini univers aux tons écrus ou navigue cette baleine, … Est-ce qu’un album aux coloris plus doux serait le signe d’un apaisement vis-à-vis du précédent album? Ou peut être quelque chose plus proche de l’onirisme? A la recherche d’un voyage dans les profondeurs de la vie, ou bien tout simplement un certain besoin d’évasion? Nous voilà face à un univers, encore une fois qui leur est propre, épuré, graphique, efficace, et doté de dogmes probablement très symboliques. Cette baleine, pourrait nous faire nous questionner dans un premier temps, sur un éventuel rapport avec le titre de cet album. Après une recherche concernant ce titre et la baleine, j’ai trouvé un tas de sujets tous aussi passionnants les uns que les autres. J’ai trouvé des correspondances avec la mythologie grecque, des combats écologiques éprouvants, des histoires sur des illustrateurs de cartes célestes anciennes qui nous ont laissé des images de monstres marins (cf. la baleine ?). Le plus étonnant reste sans doute, les Dogons, peuple vivant sur le plateau desséché de Bandiagara au Mali, qui prétendent connaître deux étoiles compagnes de Sirius qui est l'étoile la plus brillante du ciel. Mais à l'œil nu, on ne peut apercevoir qu'une seule étoile. Ce n'est qu'en 1862 que, l'astronome A. Clarke a découvert, grâce à un télescope, la deuxième étoile qui fut nommée alors: Sirius B .
Ceci dit, Gojira semble être un groupe qui s’est affranchi de pas mal de croyances religieuses entre autres… Alors … tous ces symboles, cette imagerie ? Y a-t-il un rapport avec toutes ces histoires ? Ou pas du tout ? Encore des hypothèses, des questions. Il semblerait que les membres de Gojira aiment à jouer, animer un instant nos petites neurones, qu’on ait cette démarche de réfléchir (démarche de plus en plus oubliée dans notre chère et tendre culture, qui a plutôt tendance à se gaver sans question aucune) …
Tout en prenant le parti de ne jamais se mettre en avant en tant que musicien, … mais plutôt en tant qu’entité, ils véhiculent toujours leurs concepts, leurs façon de penser, le tout en finesse, sans proclamer détenir une vérité. Ce qui nous délivre
une musique pour le coup très personnelle, et très loin des dictats du milieu « Métal ». Ce qui n’est vraiment pas, à vrai dire pour me déplaire !
Parlons maintenant de
From mars to sirius musicalement parlant. A l’écoute, première impression à froid, le chant file. Dans
The Link, il se stabilisait plutôt dans un brut de décoffrage, quasi « mono ambiance ».
Ici, il se révèle, se distingue, et nous invite à déguster un assortiment saisissant de transmutations. Comme un voyage, vers des destinations rares, extrêmes, sensibles, brûlantes, oppressantes, le tout actionné à la vitesse de la lumière. On navigue en compagnie de climats à la Devin Townsend (SYL), Pink Floyd (The wall), Grip Inc (Nemesis), (…) des univers en somme à des kilomètres, les uns des autres.
C’est vraiment surprenant, d’autant plus que Joe nous étonne dans cette faculté à être autant efficace dans tout ce qu’il arbore. Les chœurs (nouveauté pour Gojira), poussent les extrêmes, comme une symbiose quasi schizophrénique de plusieurs entités des fois contradictoires.
Encore une fois Gojira nous donne là, un album très imagé, à fleur de peau, bigarré, les ambiances sont peaufinées, et rappellent tout comme dans les précédents albums, des atmosphères qui pourraient être tirées de longs métrages. Il y a de la vie, des émotions qui restent immuables dans la musique de ces bougres.
Ensuite, c’est vrai, on reconnaît la patte Gojira, c’est indéniable, certains riffs reviennent, et peuvent faire penser aux deux albums précédents.
… C’est probablement la plus grosse surprise de l’album! Le chant se magnifie, c’est un délice. Par exemple dans « From Mars », on imagine une comptine, une berceuse, une utopie onirique, qui se réveille dans « To sirius », et là la réalité claque. Ceci dit, la couleur de cet album n’est pas aussi évidente que les deux précédents. Il semblerait ici, que
les paradoxes soient plus marqués, plus poussés aux extrêmes. Certains amateurs du groupe qui attendaient après l’évolution entre
Terra Incognita et
The Link une monté de brutalité, risqueraient d’être déçus. Ceci dit, cet album n’est pas pour autant moins brutal, non. Il est juste plus paradoxal. Dans le morceau « Backbone » nous avons à faire à un death saccadé lourd, et brutal. L’ambiance du morceau est pesante, limite claustrophobe. En revanche,
les mélodies peuvent être beaucoup plus lancinantes, comme dans la fin de Global Warming, ou tout simplement aérienne et simple dans « Unicorn ». Les genres se mêlent, s’emmêlent ne se ressemblent jamais. Les univers qui m’ont vraiment étonnés sont ceux de « World To Come », qui rappellerait dans le riff un Metallica stoner version
Load, ou l’incroyable « From mars » absolument prestigieux, où tout rappelle l’album
Wall des Pink Floyd. Il y a des influences très diverses dans cet album, on ressent des univers rock, quelques fois plus new wave, ou grunge. Le tout pourtant allégrement brutal. Cela peut paraître assez contradictoires et pourtant. Le tout admirablement mélangé.
Je noterais aussi, une symbiose plus frappante entre tous les membres, les positions de chacun vis-à-vis des compositions, la basse, par exemple, se dénotent plus, elle s’apprécie du coup mieux, comme dans « World to come » ou « Flying Whales ». C’est de même pour chacun des musiciens, batteur, guitariste, et chant.
Alors Gojira a-t-il réussi le pari de nous étonner, tout en gardant cette teinte bien à eux.
Cet album est d’une puissance incroyable. Je ne parlerais pas de la production qui est absolument succulente, ni des compétences des musiciens qui ne sont plus du tout à justifier. Gojira se confirme comme un groupe techniquement très au point, compétent, talentueux, inventif, qui sait se recycler, toujours innovant, entier, et loin des clichés laborieux du métal. Voilà un groupe qui sait surprendre. Il est incontestable que ce groupe est à mes yeux LE groupe français incontournable de métal. En espérant qu’ils puissent s’exporter. Car c’est tout le mal que je leur souhaite. Merci à eux pour être aussi étonnant, unique, et entiers. Gojira aux limites de la perfection. C’est jouissif d’arrogance. Cet album est une pure merveille.
Le texte