L'affaire Natascha Kampusch
La jeune femme a livré hier pour la première fois à la télévision un témoignage poignant sur ses 8 années de séquestration.
Elle revient tout d'abord sur les circonstances de son enlèvement : "Il m'a attrapé. J'ai voulu crié mais aucun son n'est sorti. J'étais désespérée, très énervée. J'étais en colère contre moi-même pour ne pas avoir changé de trottoir quand je l'ai vu et pour ne pas être allée à l'école en voiture avec ma mère".
Natascha sortait parfois de la maison avec son ravisseur mais elle n'osait pas dire aux gens qu'elle était la victime d'un kidnapping. "Il a menacé de faire du mal gens si je parlais, il menaçait de les tuer ou de s'en débarrasser. Dans les magasins de bricolage, les vendeurs demandaient toujours puis-je vous aider? Et moi je me tenais là complètement intimidée, paniquée, mon coeur s'emballait et j'étais tétanisée, incapable de faire quoi que ce soit. Et je devais me tenir là impassible pendant qu'il se débarrassait des vendeurs. J'avais à peine la chance de sourire à ces vendeurs sympathiques mais qui ne savaient rien. J'essayais de sourire comme je le faisais sur les photos pour que les gens se souviennent de mon image, car sur la plupart des photos on sourit". Natascha Kampusch a passé la majorité de ses 8 dernières années, dans ce réduit situé sous la maison de Wolfgang Priklopil. Elle s'est longtemps raccrochée à l'espoir de s'enfuir un jour. Désormais elle veut voyager, faire des études et rattraper le temps perdu avec sa famille. Son aisance et son apparente décontraction peuvent surprendre. Mais la jeune fille reste suivie par des psychologues.
Deux millions et demi d'autrichiens ont suivi l'interview de Natascha Kampusch diffusée hier soir sur la télévision publique. (par EuroNews)
Son témoignage a beaucoup touché sa mère qu'elle n'a rencontré pour le moment qu'à deux reprises depuis qu'elle a recouvré sa liberté
La mère de Natascha, Brigitta : "Elle a fait un pacte avec elle-même. Cela m'a beaucoup ému. Elle a montré beaucoup de force, de courage pour être libre de nouveau". L'apparente bonne santé de la jeune femme a beaucoup touché l'une de ses anciennes voisines, du quartier où elle habitait avant son enlèvement... "C'est un miracle, comme le dire, qu'après si longtemps, elle soit encore entière, mentalement". Forte et fragile, telle est l'image que Natascha renvoie. Hier déjà des photos d'elles sont parues dans plusieurs magazines. Une jeune fille aux yeux clairs, souriante, quelques mèches blondes s'échappent d'un foulard rose. Cette précaution lui donnera plus tard les moyens de changer d'apparence si elle le désire.
Autriche: Natascha impressionnante lors de sa première apparition TV
VIENNE (AFP) - Natascha Kampusch a impressionné par sa force de caractère et son aisance pour sa première apparition depuis son évasion fin août, mais en laissant des zones d'ombre sur sa captivité, notamment sur ses relations avec son ravisseur, estimaient les commentateurs jeudi.
Mercredi soir à la télévision autrichienne ORF, elle a pour la première fois montré son visage, celui d'une jolie jeune fille "normale" de 18 ans souvent souriante. Elle a parlé avec des mots choisis de ses peurs, de ses rapports de force avec son ravisseur et de ses projets, pour elle et les autres.
Mlle Kampusch s'était évadée le 23 août après huit ans et demi de séquestration et son ravisseur Wolfgang Priklopil, 44 ans, s'est suicidé le soir même. A l'ORF, et dans deux autres interviews à l'hebdomadaire News et au quotidien Kronen-Zeitung, elle a exprimé sa claustrophobie, souvent enfermée après son enlèvement dans "ses oubliettes", une petite pièce souterraine "où elle frappait les murs de ses poings".
Elle a dit son obsession de l'évasion : "je m'étais jurée de grandir et devenir plus forte pour pouvoir m'enfuir", et donc "j'ai fait un pacte avec mon futur moi". "Sûre d'elle et sans s'apitoyer, Natascha Kampusch a impressionné", résume le quotidien Kurier.
Pourtant, souligne le journal, "malgré quelques réponses, bien des questions restent ouvertes": elle a ainsi parlé beaucoup, et de façon positive, de ses relations avec sa mère, mais sans évoquer son père. Elle a présenté "des versions différentes de sa fuite. Et sa relation avec Wolfgang Priklopil est restée un tabou". En effet Natascha Kampusch n'a pas voulu s'étendre sur ses rapports ambivalents avec un ravisseur, qu'elle "forçait à lui acheter des cadeaux d'anniversaire", mais qu'elle rêvait parfois de "décapiter". Elle avait refusé d'avance de parler d'éventuelles relations sexuelles. Elle avait d'ailleurs menacé les médias, qui s'approcheraient trop de sa vie "intime" dans une première déclaration de ses conseillers la semaine dernière. Son psychiatre Max Friedrich a souligné jeudi que la jeune fille, placée à sa demande dans la section psychiatrique de l'hôpital général de Vienne, restait fragile.
Elle a maintenant surtout "besoin de repos et de protection". Et après ses entretiens émotionnels, "il lui faut garder une cuirasse pour survivre". Entourée de ses deux thérapeutes sur le plateau, elle a affirmé: "Je me suis sentie plus forte" que Priklopil à la "personnalité instable. J'ai eu avant une famille aimante" jusqu'à l'enlèvement à l'âge de dix ans, mais pas lui.
Plusieurs Viennois interrogés se sont aussi étonnés que Natascha ait pu sortir plusieurs fois, notamment pour faire des courses, mais sans réussir à alerter les gens rencontrés. "Il était paranoïaque" et menaçant pour elle et pour ceux à qui elle parlerait et "moi j'étais coincée", a-t-elle dit, tendue.
"Après les premières minutes de respect étonné devant Kampusch, les questions se sont pressées", estime le journal Der Standard dans un éditorial: "Est-elle aussi forte qu'elle l'a montré ? Pourra-t-elle faire face à l'intérêt hyperbolique des médias? Maintenant qu'elle a montré son visage pourra-t-elle être autre chose que 'la pauvre petite Natascha qu'un psychopathe avait enfermée dans une cave'"?
"Elle seule connaît la vérité", conclut le quotidien.
Natascha a parlé de ses projets d'avenir: d'abord passer son bac, puis étudier psychologie, journalisme, droit ou théâtre. "J'ai deux projets: l'un pour des femmes au Mexique, enlevées, torturées et violées", l'autre pour "aider les affamés en Afrique, car je sais d'expérience ce que c'est que la faim".
Environ 2,5 millions de téléspectateurs autrichiens, record d'audience dans ce pays de huit millions d'habitants, ont regardé l'émission, rediffusée, contre des droits importants, par des télévisions du monde entier. L'ORF, qui n'a rien payé, verse ces droits sur un fonds destiné à l'avenir de la jeune victime.
[La chaîne de télévision française TF1 a indiqué qu'elle allait diffuser, dans son journal de 20H00 jeudi, "de larges extraits de l'interview" de Natascha Kampusch réalisée par l'ORF.]
Natascha devra se reposer après avoir raconté sa captivité
VIENNE, Autriche (AP) - La jeune Natascha Kampusch est épuisée après avoir raconté à la presse autrichienne ses huit années de captivité et devra se reposer pendant une dizaine de jours, a expliqué jeudi le psychiatre qui suit la jeune Autrichienne.
Natascha, âgée de 18 ans, a besoin désormais de "paix et de protection", selon Max Friedrich, le psychiatre pour enfant qui dirige l'équipe de dix psychiatres et psychologues réunis pour aider la jeune fille.
Celle-ci vient de détailler dans trois interviews -deux à des journaux de la presse nationale et une à la télévision publique autrichienne- les conditions de son enlèvement il y a plus de huit ans et de sa séquestration dans le sous-sol de la maison de son ravisseur, ainsi que son évasion le 23 août. Son ravisseur, Wolfgang Priklopil, un électricien de 44 ans, s'est suicidé en se jetant sous un train de banlieue, quelques heures après la fuite de Natascha, qui était allée frapper à la porte d'une maison voisine pour demander de l'aide.
Dans l'hebdomadaire autrichien "News" paru mercredi avec une photo de Natascha en couverture, elle confie qu'elle ne "pensait qu'à s'échapper" tout au long de sa réclusion. "J'avais toujours cette pensée: je ne suis pas venue au monde pour être enfermée." Dans la soirée, les Autrichiens ont ensuite pu la voir raconter son histoire au cours d'un entretien télévisé de 40 minutes qui a battu tous les records d'audience, avec 2,7 millions de téléspectateurs sur les huit millions d'habitants du pays.
Selon le Dr Friedrich, il faudra de longues années à la jeune adolescente pour surmonter le traumatisme de sa séquestration. Elle "n'a pas vécu de façon normale beaucoup de phases de sa vie" et doit encore s'approprier sa nouvelle identité de jeune fille libre. "Je suis libre mais je ne sais pas ce que ça veut dire", a-t-il dit pour décrire les pensées de sa patiente.
Par ailleurs, le conseiller média Dietmar Ecker a expliqué que les entretiens avaient eu lieu parce que la jeune fille le souhaitait et parce que la pression des médias était devenue trop forte.
Après avoir consulté ses psychologues, il a donc été décidé d'organiser "une interview très, très bien préparée, au cours de laquelle elle révélerait tous les éléments qu'elle voudrait", a-t-il dit à la radio-télévision publique bavaroise. Sinon, elle aurait dû ce préparer "à ce que les paparazzi la poursuivent, et que des articles paraissent dans lesquels elle n'aurait pas pu se protéger aussi bien qu'au cours de cette interview où tout était très précisément préparé".
Le conseiller a également noté que la pression des médias internationaux a baissé depuis. Désormais, il est important de laisser Natascha en paix, a-t-il dit, ajoutant qu'il conseille désormais à la jeune fille de refuser toute nouvelle interview pour pouvoir se concentrer sur elle-même.
Sa mère Brigitta Sirny a également décidé de ne plus parler aux médias. "J'ai besoin de temps pour ma fille", a-t-elle expliqué jeudi sur la RTL Télévision. "Je suis là pour elle et pas pour les médias", a ajouté Mme Sirny, qui a recommencé à voir sa fille. Ludwig Koch, son père n'est lui toujours pas autorisé par les conseillers de sa fille à rencontrer Natascha.
Cet article a été commenté 9 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Betty dit | Je viens de remarquer une petite incohérence quant au nombres de télespectateurs entre deux de ces articles... |
Atreides dit | 15 bouquins, 3 séries télé, 150 reportages, 200 émissions, 2 films et des millions de bénéfices ... c'est triste. |
Nunuvénère dit | Je ne serai pas aussi cynique qu'Atréides (et encore est-ce vraiment du cynisme ou du réalisme ?) mais il est vrai que je trouve plus que déplaisant qu'il y ait un tel battage sur cet événement. J'ai zappé les infos à chaque fois qu'on en parlait (mais bon, en même temps je lis ton article, mais là je l'ai choisi). Elle est enfin dehors, qu'ils lui foutent la paix ! |
Lunatique dit | C'est normal que les opinions soient opposées selon les personnes... après tout on peut voir cette réapparition comme un symbole redonnant espoirs aux parents ou proches ayant perdu un enfant. |
Betty dit | Atreides >> Oui, forcément, ça va engendrer des "produits dérivés" c'est à prévoir. |
Betty dit | Nunuvénère >> Le battage, il va s'estomper assez rapidement comme pour tout évènement. La semaine prochaine, ils en parleront déjà pu et dans un mois, limite le nom sera oublié. |
Betty dit | Lunatique >> C'est sûr et certains que ça doit redonner un espoir aux familles des autres disparus mais est-ce bon ou pas ? Parce que les médias ne cessent de le répéter : une telle réapparition est extrêmement rare alors bon... |
la prune dit | total respect pour cette jeune fille! |
Betty dit | La prune >> Exactement, chapeau à elle franchement ! |



bisous
