Interview de Ben Harper à propos de Lifeline
[ Pour cette interview, le mythique songwriter américain nous reçoit, très détendu, dans le cadre cosy de l'hôtel Costes à Paris. Il nous parle de son expérience dans la Ville Lumière, de son travail, de ses inspirations... Ben Harper, sa vie, son oeuvre. ]Comment définiriez-vous la musique de ‘Lifeline' ?
Ce que j'avais en tête, et c'est ce que j'aime dans cet album, c'est le fait que chaque chanson possède son propre rythme. Mais il a été produit comme un tout et je dirais que cette musique correspond à la définition de la soul. Peut-être acoustique mais surtout un album soul. C'est ce que nous avons réussi à faire en exprimant des sentiments forts, avec cette belle énergie qu'on ressentait en studio.
Vous avez signé l'album "Ben Harper and the Innocents Criminals". Sont-ils devenus votre groupe officiel, ou est-ce des musiciens avec qui vous travaillez ponctuellement ?
Nous sommes un groupe, et ce d'autant plus sur ce nouvel album, que nous avons pensé et conçu tous ensemble. C'est même la première fois que j'ai autant laissé les idées du groupe influencer ma façon d'écrire, car sur ce projet, je me suis senti poussé par le travail des autres. C'est l'avantage d'être un groupe plutôt que d'être un artiste solo ! On se soutient les uns les autres pour aller à chaque fois plus loin. Nous en sortons tous grandis, plus forts.
Comment se répartissent les tâches ? Est-ce le groupe dans son ensemble qui compose la musique et vous qui écrivez les paroles ?
Oui, c'est le cas de figure le plus fréquent. Mais tout s'est fait plus vite sur ‘Lifeline'. Nous avons composé une bonne partie des chansons durant deux mois, avant même d'arriver à Paris, alors que l'on terminait une tournée en Europe. On improvisait et on composait pendant les répétitions, puis, dès que j'avais un moment, les paroles me venaient... Et voilà, en deux mois seulement, nous avions assez de chansons pour entrer en studio !
Et l'enregistrement en studio s'est fait tout aussi rapidement, apparemment ?Oui, puisque nous étions prêts et que nous ne pouvions pas nous permettre de prendre trop de temps pour enregistrer. Ca a duré sept jours au total !
A qui s'adresse la première chanson de l'album ‘Fight Outta You', qui dit en substance "Ne les laisse pas t'endormir". Est-ce adressé aux jeunes générations ?
Je ne fais pas vraiment de chansons pour délivrer des messages au public. Je n'ai rien à dire de plus que ce que mes chansons contiennent. Je les écris de telle sorte qu'elles soient assez claires sans qu'on ait besoin d'y chercher des messages cachés. J'estime que les messages à adresser à telle ou telle personne ne sont pas de ma responsabilité. Ma responsabilité en tant qu'artiste est de garder une certaine discipline et un sens de l'autocritique, pour ne pas décevoir et pour rester fidèle à mes exigences. Je veux me surpasser pour que la qualité de mon travail soit meilleure à chaque album.
Vous considérez-vous néanmoins comme un artiste engagé ?
Je dirais que je fais plus partie des artistes engagés que non engagés, c'est certain. Mais d'autres le sont beaucoup plus que moi... Parfois même trop ! Il n'est pas toujours évident de trouver le juste équilibre, entre des chansons qui ont un sens, qui disent quelque chose, et des chansons trop engagées. Mais il est vrai que je m'investis totalement dans mon travail d'écriture et de création, et le message peut parfois paraître très fort. Je suis sincère, c'est tout. Le fait d'être engagé ou non fait partie de la vie personnelle de chacun. Cela ne fait pas partie de mon travail, ou très peu en tout cas. Je suis musicien, la qualité musicale prime sur le reste.
Dieu, la foi... Vous en parlez souvent dans vos albums. Le titre de l'album, ‘Lifeline', parle de foi et de croyance en la vie. Quelle place occupe ce thème dans votre travail ?
Je ne parle pas tant que ça de religion. C'est un sujet bien trop difficile à aborder. C'est une bonne question, mais je ne saurais y répondre, pour être honnête. Ma volonté est de faire des chansons aussi poignantes que possible, sur des sujets forts. C'est la raison pour laquelle mes chansons parlent de foi, qu'il s'agisse de ‘Lifeline' ou d'autres albums. J'ai déjà la chance incroyable que mes chansons aient du succès, que les gens les comprennent et les aiment. Le moins que je puisse faire c'est de ne rien préconiser, et laisser chacun se les approprier. C'est ce dont je suis le plus fier.
Que retenez-vous de l'album que vous avez enregistré avec les Blind Boys of Alabama ?
J'ai appris énormément ! J'ai appris la patience, j'ai appris à connaître davantage ma voix. Musicalement et artistiquement, cette expérience m'a fait aller dans des directions nouvelles. J'en ai retiré une nouvelle discipline et une nouvelle façon de considérer mon travail de musicien. Humainement, cette expérience a été monumentale et a changé ma vie, j'en récolte encore les fruits dans la vie de tous les jours, tant elle a été riche.
Question plus personnelle... Est-ce que le fait d'être marié et père de quatre enfants change votre vie de musicien ?
Oui, bien sûr. Etre parent, c'est incroyable. Cela demande beaucoup d'énergie, aussi ! C'est fatigant, mais mes enfants m'inspirent et me motivent chaque jour.
Propos recueillis par Anne Yven et Rémy Pellissier pour Evene.fr - Juillet 2007

Par Headbanging, Mercredi 5 Septembre 2007 à 13:53 GMT+2 dans + Musique (article, RSS)





