AIX-EN-PROVENCE (AFP) - La
flambée du pétrole, succédant brutalement à une parenthèse de dix ans d'énergie bon marché, exige des décisions politiques fortes d'économies et de diversification des sources d'énergie, ont prévenu experts et chefs d'entreprises lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
"
On ne peut pas dire qu'il y a un problème de ressources" énergétiques, mais un
problème de ressources bon marché accessibles", a déclaré Claude Mandil, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), au cours de ces débats, consacrés cette année au thème de "la rareté des ressources".
"
Le prix du pétrole a été un révélateur" de cette nouvelle donne, "après dix ans d'euphorie où le sentiment de rareté était complètement dilué", a renchéri Pierre Gadonneix, président d'EDF.
Depuis deux ans, les cours du brut ont doublé, atteignant vendredi un nouveau record historique de 75,78 dollars. Et une décrue paraît hypothétique sur des marchés emballés par la soif d'énergie de la Chine ou des Etats-Unis.
"
On est
à l'aube d'une transition énergétique majeure", a lancé le PDG du groupe pétrolier Total, Thierry Desmarest. "Le débat n'est plus de savoir" si la production d'hydrocarbures va ou non décroître, "mais si cela se passera dans 20, 30 ou 40 ans", a-t-il ajouté.
Pour l'économiste égyptien Ismaïl Serageldin, la "parenthèse" des années 90, avec un pétrole qui a chuté jusqu'à 10 dollars le baril, a constitué un "vrai désastre" car elle a retardé les mutations nécessaires.
Désormais, "il ne faut se priver d'aucun outil" et
"améliorer massivement l'efficacité énergétique", qui est "de très loin l'outil le plus important (...) et le moins coûteux", a suggéré Claude Mandil.
Cela passe notamment par les
économies d'énergie qui recèlent, selon le PDG d'EDF, "un formidable potentiel". Mais "il faut trouver des moyens incitatifs car le prix ne suffit peut-être pas", a-t-il noté.
Autre piste importante, les énergies renouvelables, "à condition toutefois qu'elles soient compétitives", a estimé le patron de l'AIE. Pour M. Gadonneix,
"il faut des énergies renouvelables différentes selon les pays", pour tirer profit des ressources (vent, soleil) propres à chacun.
Au delà, deux énergies lui apparaissent "incontournables: le nucléaire et le charbon" même si elles posent des problèmes: le nucléaire, parce qu'il est mal accepté par les opinions publiques, et le charbon car "il contribue de manière très importante aux émissions de gaz à effet de serre".
Un usage répandu du charbon exige ainsi une plus grande maîtrise de la capture et du stockage du C02 "sinon nous allons vers une catastrophe absolue", a alerté Edouard Brézin, président de l'Académie des sciences.
Dans ces choix cruciaux pour l'
avenir de la planète, les politiques ont un rôle clé à jouer: "Il faut une politique européenne de l'énergie. Nous, entreprises privées, avons besoin d'une
vision à long terme car nos investissements sont à long terme", a plaidé Gérard Mestrallet, PDG de Suez.
Pour l'ancien commissaire européen Mario Monti, l'Union européenne, qui a créé l'euro poussée par la nécessité d'harmoniser sa politique monétaire, pourrait être encouragée par la hausse des prix du pétrole à "faire la même chose" dans le domaine de l'énergie.
Le monde doit aussi se doter d'organes plus représentatifs que le G8 (Etats-Unis, Japon, Grande-Bretagne, Allemagne, France, Italie, Canada, Russie), qualifié de "semblant de gouvernance mondiale" par l'économiste Christian de Boissieu. A quelques jours de la réunion de ce groupe à Saint-Pétersbourg, les intervenants ont réclamé la constitution d'un G15 ou d'un G20, avec notamment l'Inde et le Brésil.
Source